Mon parcours – partie 3

Mon parcours – partie 3

Suite à cette première expérience de voyage en solo, j’ai vraiment eu envie de privilégier cela pendant un temps. J’ai donc repris un boulot de saisonnier qui n’avait rien à voir avec le design, et en hors saison je partais. Argentine, Canada, Thaïlande, Bali à nouveau…Des voyages formidables, je mesure encore plus ma chance d’avoir pu voir tout ça avec la période que nous traversons en ce moment.
Et puis quand même au bout d’un moment, l’appel de la création s’est fait ressentir. Je me suis remise au dessin, chose que je ne fais plus du tout mais une des seules activités que je peux faire pendant des heures sans voir passer le temps. J’ai rencontré mon amoureux du sud-ouest, j’ai fini par lui proposer de venir dans sa région, et de fil en aiguille j’ai commencer à me faire une raison. Je ne trouverais jamais de boulot dans la bijouterie ou le design. Donc soit je m’y mettais moi-même de mon côté, soit j’oubliais l’idée. J’ai donc commencé à vraiment dessiner des modèles de bijoux, j’ai fait des maquettes, j’ai testé des choses mais vraiment rien de commercialisable.
Dans le même temps j’ai repris un boulot d’accueil dans une entreprise d’ingénieurs. Le CAUCHEMARD. Je devais être tirée à quatre épingles tailleur-talons-chignon, pour ceux qui me connaissent, la blague. Au bout de plusieurs semaines sur place on ne retenait toujours pas mon prénom, et pour finir j’ai été accusée de vol, c’était le pompon sur la Garonne! J’ai pris mes jambes à mon cou. En fait avec le recul je me dis que c’est l’univers qui voulait me faire comprendre que je n’avais rien à faire à cet endroit. Après ça j’ai eu la chance que mon dossier soit accepté par la région pour être formée au graphisme. Je m’étais dit qu’à défaut de design, le graphisme restait dans la création et comme je maitrisais déjà bien la suite Adobe, pourquoi pas. 6 mois qui ont été vraiment top, j’ai appris plein de choses dans cette petite école de Montauban, et à la sortie je me sentais enfin légitime pour un poste, avec un vrai nom de métier : graphiste.
J’ai été prise finalement dans une mairie, où le nom de mon poste était “chargée de communication” mais où, au final je faisais surtout du graphisme. Je pense honnêtement que je faisais le travail d’au moins deux personnes. Cela dit je ne regrette pas non plus parce que j’ai pu vraiment me faire la main, j’ai vu mes affiches imprimées en grand dans toute la ville, j’ai eu en charge la mise en page de documents vraiment complets d’une vingtaine de pages, j’ai dû gérer les relations avec les imprimeurs, les différents services, les élus etc…Bon ce n’est un secret pour personne, je ne me suis pas non plus sentie vraiment à ma place. Le monde des fonctionnaires m’a un peu fait penser à la grosse boîte de mes débuts, je me suis vite sentie oppressée dans ce système. C’est tout de même une bonne expérience qui m’a montré qu’une de mes faiblesses (qui dure encore à ce jour) c’est que j’ai du mal à poser des limites, à dire non. Une vraie phobie du risque de conflit et du conflit en lui-même.
En parallèle, l’envie de faire une collection de bijoux avait grandi, je voulais vraiment tenter pour pouvoir me dire qu’au moins j’avais essayé. J’ai commencé des prototypes en bois à la découpe laser, un tout autre style comme vous pouvez le voir. J’aimais beaucoup le principe mais par contre dépendre du Fablab où je faisais découper les pièces, sans pouvoir prendre de rendez-vous, c’était source d’une grande anxiété pour moi. Je faisais 1h de route sans savoir si j’allai pouvoir utiliser la machine…C’est aussi à ce moment là il me semble que j’ai décidé de reprendre les outils grâce à un stage que j’ai trouvé par hasard sur internet. J’ai donc fait la connaissance de Mélanie aka Ohlala Bijoux. Et là comment dire. Son atelier, sa bienveillance, la bague lotus que j’ai créé avec elle…tout m’est revenu et j’ai su, c’était vraiment ce que je voulais faire.
Je suis donc rentrée dans une SCOP pour tester mon activité de créatrice de bijoux avant de me lancer avec mon propre numéro de siret et compagnie. J’ai eu l’opportunité aussi de tenir l’atelier de Mélanie pendant son congé maternité, et ça c’était vraiment chouet pour être sûre de ce que je voulais ou pas.
Encore une fois je dirais que si on écoute les signes ou son intuition appelez ça comme vous voulez, tout se goupille. Et quand on s’entête à ne pas écouter, je crois vraiment qu’on se met dans des situations compliquées, désagréables et tout sauf sereines. Et puis quand on est sûr, quoi qu’il arrive on trouve la force et les moyens de réaliser ses rêves.

Mon parcours – partie 1

Mon parcours – partie 1

Mon parcours – Partie 1 : Les études –

Cet été j’ai eu envie de vous en dire un peu plus sur mon parcours avec des petits chapitres, étape par étape. Ca pourra peut-être aider certains d’entre vous qui cherchent leur orientation ou qui ne savent pas comment s’y prendre. Vous verrez que tout est possible et que tout est question de choix 🙂

On démarre avec mon parcours après le BAC ES que j’ai obtenu avec mention assez bien. Ca n’a pas une grande importance pour la suite mais c’est une petite victoire quand même !

J’ai commencé par me diriger vers le tourisme parce que j’aimais le contact avec les gens et j’adorais par dessus tout parler anglais ou toutes autres langues étrangères. J’ai des notions en allemand, espagnol, italien, brésilien et russe, mais c’est une autre histoire ! Après 6 mois d’université en Langues Etrangères Appliquées, j’ai abandonné car ce n’était vraiment pas un système qui me convenait. Trop de liberté dans le planning, on reprenait les bases j’avais clairement l’impression de perdre mon temps, et je ne me suis pas du tout fait à la vie dans une grande ville comme Lyon.

La rentrée d’après j’ai trouvé une école sur Genève qui formait le personnel navigant ou d’hôtellerie, Tunon. Je n’ai pas forcément aimé tous les cours mais j’ai rencontré de très chères amies avec qui je suis toujours en lien. J’ai aussi eu la chance de faire un stage à l’office de tourisme de Chamonix, et ensuite de faire des saisons dans cette structure pendant plusieurs années. C’était génial même si le contact avec certains clients était compliqué (surtout les français, bizarre..). Toutes mes collègues étaient comme des amies, je les aime énormément et je pense que c’est très rare pour un milieu féminin. Je parlais donc anglais toute la journée et je faisais découvrir aux gens les beautés de notre vallée que j’aime tant. Mais un jour je me suis quand même dit que la création me manquait et après de longues heures de remise en question, j’ai décidé de reprendre mes études.

D’abord avec une MANAA (mise à niveau d’arts appliqués), année que j’ai détesté avec une prof limite tortionnaire qui voulait du sang et des larmes ou rien (ahh les Beaux-Arts…). Pas mon truc. Mais grâce à ça j’ai eu mon concours d’entrée pour la Haute Ecole d’Art et de Design, la HEAD, de Genève. S’en sont suivi 3 années dans le département design produits option bijouterie. J’étais la seule élève qui n’avait pas de qualification technique, tous les autres avaient déjà fait au moins un CAP ou équivalent. Autant dire que ça m’a pas mal freiné dans ma confiance en moi, mais j’ai quand même réussi à m’en sortir, à apprendre les bases sur le tas et avec l’aide des autres élèves. Et puis je tirais mon épingle du jeu grâce à ma créativité qui était clairement mon point fort.

Si je ne dois retenir qu’un événement de ces trois années, ce serait notre collaboration avec la marque de chaussure brésilienne Mélissa. Nous devions réinventer la chaussure. J’ai vraiment mis longtemps à trouver mon concept, mon dieu que j’ai galéré. J’ai fini par créer un module dont la forme était basée sur les étoiles présentes sur le drapeau brésilien. Ca symbolisait les liens qui unissaient ce peuple si ouvert et festif. On pouvait composer sa chaussure en imbriquant les modules les uns dans les autres. J’ai mis des heures à repercer chaque trou après la découpe laser qui ne fonctionnait pas toujours. Bref, beaucoup de nuits blanches et un jury plus tard, j’obtiens une note plutôt bonne, je suis contente. Et puis quelques temps plus tard la nouvelle tombe. L’équipe de Mélissa a produit 3 modèles et va les présenter à la Fashion Week de Rio. Wahou. Et là une élève du département mode me croise et me dit « Félicitations pour Mélissa ! ». Je ne comprends pas je lui dis qu’elle doit confondre parce que j’étais loin d’avoir eu la meilleure note. Et elle décrit mon projet en disant que non c’est bien celui-ci avec le sien et celui d’une autre collègue. Je me rappellerai toujours lorsqu’on me l’a annoncé officiellement, et surtout lorsqu’on nous a dit que Mélissa nous INVITAIT A RIO pour l’occasion !!!! Je ne sais pas comment vous décrire la sensation que ça m’a fait mais j’étais en pleine hallucination. Voilà comment j’ai fini sur des talons de 15cm à la Fashion Week de Rio, comment j’ai découvert mes chaussures en vrai (je ne les ai jamais trouvées pour les avoir à la maison en souvenir), et comment j’ai eu la chance de visiter Rio, le Corcovado, la plage, les bars…un merveilleux souvenir.

J’ai ensuite obtenu mon diplôme avec une note plutôt moyenne, mon travail étant trop commercial et pas assez contemporain. L’important était de l’avoir n’est-ce-pas ? Ce petit article c’est pour dire qu’il ne faut pas attendre d’avoir toutes les connaissances, tous les diplômes, toutes les certitudes pour y aller. Si vous avez une envie, quelque chose que vous sentez profondément, allez-y même avec le minimum de connaissance. L’important c’est la volonté d’apprendre, d’y arriver, la capacité d’adaptation. Le reste viendra, faites-vous confiance. Si on attend que tous les feux soient au vert pour entreprendre quelque chose il y a fort à parier qu’on ne se lancera jamais.

J’ai ensuite trouvé un poste de designer pour la rentrée suivante, mais c’est une autre histoire pour la semaine prochaine…

Mon parcours – partie 2

Mon parcours – partie 2

Après avoir obtenu mon Bachelor Design Produit, me voilà donc sur le marché du travail. Je trouve un job d’été dans un centre équestre. Au passage une de mes plus belles expériences jusqu’ici. J’ai tellement aimé avoir un travail physique où je devais sans arrêt bouger, où j’avais fini par créer une vraie relation complice avec les chevaux. Cet été là une offre d’emploi sort pour une marque de sport dont les bureaux techniques sont à 5 minutes de chez moi. Sans grande conviction je postule, et je suis prise ! Je me retrouve donc à la rentrée avec un emploi de designer textile junior. Moi qui n’y connais rien (encore une fois) en stylisme, je me retrouve au département chaussettes et coiffants. Une expérience très intéressante qui m’a fait réaliser beaucoup de choses. La première c’est que je ne me sens pas bien du tout dans une grande structure. On était là dans une organisation type grand groupe avec des réunions dans des salles de spectacles immenses pour se féliciter des ventes département par département, avec prix remis au designer dont les produits avaient le mieux marchés, feux d’artifices et compagnie…Pour beaucoup de gens ça doit être très sympa mais alors moi comment vous dire…Je suis quelqu’un qui bosse vite et bien, mais dans mon coin, alors devoir cadrer dans un groupe comme ça où la première question qu’on te pose c’est « et toi tu fais quel sport dans la vie ? » alors que je faisais juste du ski de pistes l’hiver et du yoga, quand les autres faisaient des expéditions, de la haute montagne et tutti quanti…Je me sentais un peu ovni, j’avais du mal à trouver ma place dans l’équipe. Malgré tout comme je travaillais plutôt bien, on a fini par me proposer le saint graal, un CDI. Un poste de designer textile junior, à la sortie des études, j’étais la seule de ma classe à l’époque à avoir trouvé cette opportunité si vite. Et devinez ce que j’ai répondu ?

Merci mais non merci.

En vrai quand on me l’a proposé j’ai tout à coup eu le sentiment d’étouffer, que je n’allais plus jamais bouger de là et que j’allais finir ma vie à me sentir pas à ma place au milieu de tout un tas de gens cool et sportifs que je mettais un peu sur un pied d’estale, il faut bien le dire. Et puis honnêtement, je voulais créer des objets, pas des vêtements. Pour le coup je ne me sentais pas légitime du tout. Donc ma première réponse a été de demander un poste au département design produits. Mais il n’y avait pas de place.

Du coup j’ai dit non.

Et j’ai pris un billet d’avion pour Bali avec pour seule certitude la date de retour qui se ferait un mois après le départ.

Et comme personne ne se motivait pour partir avec moi, j’ai décidé de partir seule.

Je ne vais pas faire ma warrior, les trois premiers jours ont vraiment été difficiles à vivre. Mon copain de l’époque m’avait offert les deux premières nuits dans un super bel hôtel pour que j’ai un pied à terre en arrivant. Avec le décalage horaire je me retrouvais réveillée en pleine nuit à paniquer sur les jours à venir car je n’avais absolument rien prévu. J’ai même fini par appeler mes parents en larmes à 4h du mat en leur demandant pourquoi ils m’avaient laissée partir comme ça. Les pauvres. Ils ont vraiment dû s’inquiéter. Ce premier contact avec Bali ne m’a pas plu parce que les hôtels de luxe c’est beau, mais c’est vide d’échanges. Les gens se faisaient dorer la pilule du matin au soir, j’étais entourée d’européens, il n’y avait rien de traditionnel ou en lien avec les locaux dans ce coin. Bref pas du tout ce que j’avais imaginé. J’ai fini par prendre un taxi que j’ai payé un prix exorbitant puisque je ne savais pas encore la valeur des choses là-bas et j’osais encore moins négocier quoi que ce soit. Et j’ai atterris à Ubud. Bonheur. A l’époque c’était vraiment un petit village avec certes des magasins pour les occidentaux, mais aussi beaucoup de choses traditionnelles, des temples, des locaux, des cérémonies…J’ai adoré Ubud.
Un jour j’y ai pris un cours de bijouterie histoire d’apprendre les techniques locales. Ça a été très surprenant, c’était en gros les mêmes outils mais tenus de manière différente. Les mêmes techniques avec un angle d’approche différent et j’ai trouvé ça génial car ça m’a ouvert l’esprit sur plein de choses. Il n’y avait finalement pas qu’une seule façon de faire, comme il n’y pas une seule façon de penser. Ma collection Balimood est née lors de ce voyage, en tous cas les premiers motifs. Elle est complètement tordue et asymétrique, justement parce qu’avec mes aprioris d’occidentale je pensais coller mon motif sur la plaque comme on me l’avait appris, puis ensuite faire la découpe intérieure en suivant le même motif collé. En fin de compte j’ai juste pu découper la forme extérieure avant que mon professeur ne brule le dessin pour le faire disparaître de ma plaque. Bref. J’adore cette bague même si elle est complètement imparfaite. Elle symbolise tant de choses ne serait-ce que par la façon dont elle a vu le jour.

C’est aussi à Ubud que j’ai rencontré Audrey avec qui j’ai partagé pas mal de jours de voyage, dont la découverte des îles Gili, un vrai paradis sur terre en tous cas à l’époque. Je ne vais pas vous retracer le mois entier ça durerait des pages. Mais par contre ce mois-là restera gravé à jamais. Parce que un mois entier LIBRE, où on n’a aucune obligation de rien, ça peut faire peur au début mais en vrai, c’est un sacré luxe. Dormir, manger, danser, nager, rire, discuter, lire, découvrir, apprendre, écouter, rencontrer…Quand est-ce-que dans nos vies à 100 à l’heure on peut vraiment se le permettre ? J’ai pu nager avec des tortues, un rêve, j’ai fait mes premières plongées bouteilles, j’a dansé sur des plages jusqu’à ce que le soleil se lève, j’ai ri comme je n’avais pas ri depuis trop longtemps, j’ai eu aussi quelques petites frayeurs mais rien de bien méchant, j’ai rencontré des gens du monde entier dont je me souviens encore des prénoms tant ils m’ont marqués. Je suis encore en contact avec certains d’ailleurs (poke Audrey et Juanda). J’ai vu les deux plus beaux couchers de soleil de ma vie, toujours pas détrônés depuis. J’ai eu un véritable coup de cœur pour cette culture, ce peuple balinais, leurs paysages, leurs nourritures, leur philosophie, bref vous l’aurez compris je ne regrette absolument pas cette expérience et j’ai même versé ma petite larme au moment de décoller pour rentrer. Parce que j’étais consciente que cette parenthèse enchantée n’était qu’une parenthèse, et que j’allai retomber dans cette vie de fou qu’on mène en France.

Qu’est-ce-que j’allai faire de ma vie ? Comment ? Où ? Avec qui ? (Oui parce qu’entre temps mon cher et tendre de l’époque m’a largué par mail pour la petite anecdote ahah ). Autant de questions qu’on est tous amené à se poser un jour ou l’autre et que je me pose encore parfois. Mais de faire cette pause m’avait quand même apporté des réponses. La création m’appelait, les bijoux aussi. Le voyage et la perte de repère, c’était vraiment là où je me sentais libre, bien, et vivante alors que ça peut paniquer beaucoup de monde. Mettez moi dans un endroit inconnu où on parle une autre langue et je suis la plus heureuse. Je me sens comme Indiana Jones prête à décrypter les signes et indices que la vie m’envoie et à découvrir foule de nouvelles choses qui, je le sais, m’inspireront.
Vous pouvez peut-être mieux comprendre maintenant pourquoi j’aime tant la collection Balimood et pourquoi mes créations ont toujours une symbolique associée. Je pense que ce désir de sens est né là-bas, au milieu des rizières et des cocotiers.

Moralité de cet épisode, savoir écouter son intuition est une force. Se laisser guider par elle demande du courage, beaucoup de courage, mais quand on fait le premier pas on est très vite rassuré. Et surtout, quand tu n’écoutes pas l’univers, l’univers se met en quatre pour te faire comprendre les choses que tu dois intégrer. Ce sera le sujet du prochain article, rendez-vous lundi prochain !